PhagoBurn : première étude clinique multicentrique au monde pour l’évaluation de la phagothérapie chez les grands brûlés

PhagoBurn, étude clinique Pherecydes Pharma

Lancé en juin 2013 et achevé en janvier 2017, le projet collaboratif européen PhagoBurn (www.phagoburn.eu) financé par la Commission Européenne a permis d’évaluer la tolérance et l’efficacité des bactériophages pour traiter des infections cutanées, chez les grands brûlés. Provoquées par la bactérie Pseudomonas aeruginosa, ces infections étaient sensibles ou résistantes aux antibiotiques. Le traitement avec les phages a été comparé à un traitement de référence, la sulfadiazine d’argent, un antibiotique destiné à traiter les infections cutanées.

Outre le Service de Santé des Armées français (Ministère de la Défense) via l’hôpital d’instruction des armées Percy qui a coordonné la phase clinique, l’hôpital militaires Reine Astrid (Bruxelles), les CHU de Nantes et de Liège, le CHR de Metz-Thionville et le centre hospitalier Saint Joseph Saint Luc de Lyon ont inclus des patients.

La période d’inclusion des patients a démarré le 22 juillet 2015 dans 7 centres de grands brûlés situés en France, en Belgique et en Suisse pour s’achever début janvier 2017. Dans cette phase I/II randomisée et contrôlée en double aveugle, deux assemblages de bactériophages étaient évalués contre deux bactéries présentes dans les infections sur brûlures : Pseudomonas aeruginosa et Escherichia coli. Néanmoins, le faible nombre de patients infectés par E. coli, qui pouvaient entrer dans l'essai clinique, a conduit les partenaires à se concentrer uniquement sur le traitement avec l'assemblage de phages anti-P. aeruginosa : PP1131. Le manque de stabilité de PP1131 au cours du temps a obligé les coordinateurs à interrompre l’étude de janvier à mai 2016, concourant ainsi à réduire la durée de l’étude clinique à un total de 13 mois. Initialement dimensionnée pour une centaine de patients par traitement, l'étude a finalement abouti au recrutement de 27 patients dont 25 ont fourni des données exploitables. Ce faible niveau d'inclusion a transformé PhagoBurn en une preuve de concept clinique.

Malgré ces difficultés, PhagoBurn reste une étude clinique fondatrice de la phagothérapie moderne car la première menée dans le respect des standards internationaux d’évaluation clinique.

Les résultats ont été publiée par la revue The Lancet Infectious Disease en octobre 2018 sous le titre : Efficacy and tolerability of a cocktail of bacteriophages to treat burn wounds infected by Pseudomonas aeruginosa (PhagoBurn): a randomised, controlled, double-blind phase 1/2 trial (https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1473309918304821).

En résumé, PP1131 a été efficace sur 50 % des patients traités et ceci malgré la faible dose administrée sur les brulures infectées. L’action des phages a été moins rapide que celle de la sulfadiazine d’argent. Une étude auxiliaire a montré que les bactéries isolées, chez des patients en échec de traitement avec PP1131, étaient résistante aux faibles doses de phage appliquées. Les antibiotiques de soutien utilisés pour contrôler d'autres espèces bactériennes n'ont eu aucun impact sur l'efficacité de chaque traitement.

PP1131 a été très bien tolérée et moins souvent associée à des événements indésirables graves : un seul a été rapporté avec les phages contre 4 avec la sulfadiazine d’argent.

PhagoBurn a été en partie financée par le 7e Programme Cadre de Recherche et Développement de la Commission européenne (HEALTH 2013,2,3,1 Drugs and vaccines for infections that have developed or are at risk of developing significant antimicrobial resistance).